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Interroger un nom de domaine depuis le Terminal

Guide découverte pour non-techniciens : comprendre domaine, DNS et IP, puis poser les bonnes questions avec whois, dig et host.

Un nom de domaine, c’est l’adresse lisible d’un site — par exemple exemple.com — celle que vous tapez dans un navigateur. Le Terminal permet de lui poser des questions simples (qui le gère, vers quelle machine il pointe, où part le courrier…) sans ouvrir le panneau d’administration de votre fournisseur.

Ce guide part de zéro : chaque terme est expliqué avant d’être utilisé. Remplacez partout exemple.com par le domaine qui vous intéresse.

Le vocabulaire utile (avant toute commande)

Nom de domaine

C’est le nom public d’un site ou d’une messagerie : exemple.com, mondomaine.fr. Les humains retiennent un nom ; les machines, elles, préfèrent des numéros.

Adresse IP

Une adresse IP est le numéro technique d’une machine sur Internet — un peu comme un numéro de rue. On en voit surtout deux formes :

  • IPv4 : quatre groupes de chiffres, du type 93.184.216.34
  • IPv6 : une adresse plus longue, avec des lettres et des deux-points

Quand votre navigateur ouvre exemple.com, il a d’abord besoin de connaître l’IP du serveur qui héberge le site.

DNS : l’annuaire d’Internet

Le DNS (Domain Name System) est le système d’annuaire d’Internet. Vous lui donnez un nom de domaine ; il vous renvoie l’information associée (souvent une IP, parfois autre chose).

Sans DNS, il faudrait mémoriser des numéros. Avec le DNS, on garde des noms lisibles.

Enregistrement DNS

Une ligne de cet annuaire s’appelle un enregistrement DNS. Chaque ligne a au minimum :

  • un type (ce qu’elle décrit : site, courrier, alias…)
  • une valeur (l’IP, le serveur de messagerie, un texte…)

Changer le DNS, c’est modifier ces lignes chez celui qui gère l’annuaire de votre domaine.

Registrar et hébergeur (deux rôles différents)

  • Le registrar (bureau d’enregistrement) est celui chez qui vous achetez et renouvelez le nom de domaine (OVH, Gandi, Cloudflare, etc.).
  • L’hébergeur est celui chez qui tourne le site (parfois la même société, souvent une autre).

Le registrar détient le nom ; l’hébergeur héberge souvent le contenu. Les deux se rejoignent via le DNS : le nom pointe vers la machine de l’hébergeur.

Ouvrir le Terminal

Le Terminal est une fenêtre où l’on tape des commandes (des phrases courtes) plutôt que de cliquer. Ce n’est pas réservé aux experts : coller une ligne et appuyer sur Entrée suffit pour ce guide.

  • macOS : Spotlight (⌘ Espace), tapez Terminal, Entrée. Ou Applications → Utilitaires → Terminal.
  • Linux : cherchez « Terminal » dans le menu des applications, ou le raccourci clavier habituel de votre distribution.

Vous verrez une ligne qui attend votre saisie. Collez une commande, puis Entrée. Le résultat s’affiche en dessous.

Installer les outils (si besoin)

Nous utiliserons surtout deux programmes :

  • whois — pour lire la « fiche d’identité » du domaine
  • dig — pour poser une question précise à l’annuaire DNS

Sur beaucoup de Linux, ils sont déjà là. Sur macOS, dig est souvent présent ; whois aussi. Si une commande répond « command not found », installez-les.

macOS (avec Homebrew) :

brew install whois bind

(bind fournit notamment dig.)

Linux (Debian / Ubuntu) :

sudo apt install whois dnsutils

Une fois installés, vous n’avez plus à y penser.

whois : qui est derrière ce nom ?

Imaginez une fiche d’identité du domaine : qui l’a enregistré, chez quel registrar, jusqu’à quelle date, quels serveurs gèrent son annuaire.

whois exemple.com

La sortie est longue. Regardez surtout :

  • Registrar — le bureau d’enregistrement
  • Expiry / Expiration — la date de fin (un domaine non renouvelé finit par ne plus marcher)
  • Name Server — les serveurs de noms (les machines qui servent l’annuaire DNS de ce domaine)

Beaucoup de fiches affichent REDACTED ou des données masquées pour le contact : c’est normal. Depuis le RGPD, les coordonnées personnelles du propriétaire sont souvent cachées au public. Ce n’est pas un bug : la fiche reste utile pour le registrar, les dates et les serveurs de noms.

dig : poser une question précise à l’annuaire

dig (domain information groper) interroge le DNS. Pensez-y comme à une question claire à l’annuaire : « Pour ce nom, quelle est l’info de type X ? »

Commencer simple : l’IP du site

dig +short exemple.com

+short demande une réponse courte. En général, vous obtenez une (ou plusieurs) adresses IPv4 — c’est l’enregistrement de type A : « où se trouve le site en IPv4 ? »

Exemple de sortie utile :

93.184.216.34

Tout le reste du bruit habituel de dig (sans +short) peut être ignoré au début.

Sans +short, la commande dig exemple.com affiche beaucoup de lignes techniques. Gardez +short tant que vous débutez.

Les types d’enregistrements les plus utiles

On précise le type après le nom de domaine.

A — adresse IPv4 du site :

dig +short A exemple.com

AAAA — adresse IPv6 du site (même idée, autre format d’IP) :

dig +short AAAA exemple.com

MX — serveurs qui reçoivent le courrier pour ce domaine (Mail eXchange) :

dig +short MX exemple.com

La sortie ressemble à 10 mail.exemple.com. — le chiffre est une priorité (plus le nombre est petit, plus le serveur est préféré) ; le nom qui suit est le serveur de messagerie.

NS — serveurs de noms : qui gère l’annuaire DNS de ce domaine :

dig +short NS exemple.com

Si ces NS ne correspondent plus à ce que vous croyez (changement de prestataire mal fini, par exemple), le reste peut sembler « cassé » alors que le site est encore en ligne ailleurs.

TXT — notes textuelles publiées dans le DNS. Souvent utilisées pour prouver que vous contrôlez le domaine, ou pour l’authentification e-mail (SPF, DKIM, DMARC) :

dig +short TXT exemple.com

CNAME — alias : « ce nom n’est qu’un autre nom pour… ». Courant pour www :

dig +short CNAME www.exemple.com

Si la réponse est vide, ce n’est pas forcément une erreur : le nom peut pointer directement en A/AAAA sans alias.

Petit détour : à quoi sert www ?

Un sous-domaine est un préfixe devant le nom principal. Dans www.exemple.com, le sous-domaine est www ; le domaine « racine » reste exemple.com.

www vient de World Wide Web — la toile mondiale. C’est le nom historique du service web, imaginé par Tim Berners-Lee (souvent surnommé TimBL), pionnier du Web au CERN au début des années 1990. À l’époque, on distinguait clairement les services sur une même machine : www pour les pages, mail pour le courrier, ftp pour les fichiers, etc. Le navigateur allait chercher www.exemple.com comme on aurait cherché la « porte web » du domaine.

Aujourd’hui, beaucoup de sites répondent aussi (ou seulement) sur exemple.com sans le www. Techniquement, les deux peuvent pointer vers le même site. Dans ma pratique, j’ajoute systématiquement www sur mes sites et ceux de mes clients — et je m’assure que les deux variantes fonctionnent (souvent l’une redirige vers l’autre) — pour rendre hommage à TimBL et garder ce repère lisible du Web des origines. Le 6 août 2026, on fêtait d’ailleurs les 35 ans du Web ouvert au public : l’invitation de TimBL, le 6 août 1991, à essayer le WorldWideWeb.

Pour vérifier les deux :

dig +short A exemple.com
dig +short A www.exemple.com

Si l’une des deux ne répond pas alors que le site « marche » dans le navigateur sur l’autre adresse, c’est souvent un oubli de configuration DNS ou de redirection.

Partir de l’IP pour retrouver un nom

Parfois vous avez une IP et vous voulez savoir quel nom y est associé (quand c’est publié) :

dig +short -x 93.184.216.34

C’est la direction inverse : de l’IP vers un nom. Ce n’est pas toujours renseigné.

Demander à un autre « annuaire »

Par défaut, dig utilise le résolveur DNS de votre réseau (celui de votre box, de votre entreprise, etc.). Pour comparer avec un annuaire public connu :

dig +short exemple.com @8.8.8.8

Ici, @8.8.8.8 signifie : « pose la question à ce serveur DNS-là » (celui de Google, très utilisé pour ce genre de test). Si votre box et @8.8.8.8 ne donnent pas la même IP juste après un changement, c’est souvent que le changement n’est pas encore visible partout — il faut parfois attendre un peu.

host : la version allégée

host pose le même genre de questions, avec une sortie souvent plus parlante pour un débutant :

host exemple.com

Exemple de réponse :

exemple.com has address 93.184.216.34

Pour le courrier :

host -t MX exemple.com

Gardez dig +short quand vous voulez une réponse minimale ; host quand vous voulez une phrase lisible.

Et nslookup ?

nslookup existe encore sur beaucoup de machines et sert aussi à interroger le DNS. Pour débuter, dig et host suffisent — et sont en général plus clairs. Vous pouvez l’ignorer sans perdre l’essentiel.

Scénario guidé : « mon site ne s’affiche plus »

Posez les questions dans cet ordre. Une seule anomalie suffit souvent à expliquer le problème.

1. Qui gère l’annuaire ? (NS)

dig +short NS exemple.com
  • Bon signe : des noms de serveurs que vous reconnaissez (ceux de votre registrar ou de votre hébergeur DNS).
  • Mauvais signe : liste vide, ou serveurs d’un ancien prestataire alors que vous pensiez avoir migré.

2. Où pointe le site ? (A / AAAA)

dig +short A exemple.com
dig +short AAAA exemple.com
  • Bon signe : une IP cohérente avec votre hébergement actuel.
  • Mauvais signe : aucune réponse, ou une IP d’un ancien serveur / d’un autre projet.

Comparez au besoin avec un autre annuaire :

dig +short A exemple.com @8.8.8.8

3. Et le courrier ? (MX), si le souci est « les e-mails ne partent / n’arrivent plus »

dig +short MX exemple.com
  • Bon signe : des serveurs MX attendus (Google, Microsoft, votre hébergeur mail…).
  • Mauvais signe : aucun MX, ou un serveur oublié après un changement.

Pour les enregistrements TXT liés au spam et à la confiance des boîtes mail, poursuivez avec le guide SPF, DKIM et DMARC.

Pour aller plus loin

En résumé : le DNS est un annuaire, whois lit la fiche d’identité du nom, dig et host posent des questions précises à cet annuaire. Avec trois commandes et le vocabulaire ci-dessus, vous pouvez déjà diagnostiquer l’essentiel — avant même d’ouvrir un panneau d’administration.

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